TANGO
Une danse, une musique, une poésie

Synthèse entre danse, musique et poésie dans un contexte social particulier, le tango argentin est une invention complexe, produit d'un métissage, surgi dans un contexte de brassage humain, ethnique et culturel. Le tango est né de la rencontre de créoles ar­gentins ou uruguayens et d'immigrés, imprégnés d'une culture de bal popu­laire au milieu du XIX siècle. C'est en effet le métissage de trois danses (le Candombé dansé par les es­claves noirs, la Habanera d'origine cu­baine et la Milonga venue de la Pampa argentine qui a donné naissance au tango, dans les bas quartiers de Buenos Aires.

D'abord cantonnée a la rue et aux maisons closes, cette danse, jugée trop inconvenante, n'a été acceptée par la bonne société argentine qu'une fois adoptée par Paris en 1913. Cette « branche européenne du tango aura sa propre évolution vers la danse de salon et de compétition tandis qu'un tango laissant plus de place à l'impro­visation et a la sensualité continuera de se développera Buenos Aires en liaison avec une évolution musicale. D'une musique de danse et de fête en 1915, à l'apparition du tango chanté et du bandonéon en passant par les premiers orchestres, le tango s'est tourné depuis les années 1960 vers une musique de concert (Tango Nuevo), sous impulsion d'Astor Piazzola, qui ne dédaignent pas de flirter avec le jazz.

Aujourd'hui, en Argentine, en France, en Europe, le tango dansé est l’objet d'un véritable engouement, grâce à l'enseignement de professeurs venus de Buenos Aires, installés à Paris, Milan, Berlin... Les pays Bas, l’Allemagne, la Belgique, l'Italie, la Suisse et la France regroupent désormais des milliers de danseurs au sein d'associa­tions. Pas de compétition mais une ambiance conviviale, des stages, des bals, et une passion commune.


HISTOIRE

Le tango, cette "pensée triste qui se danse" représente une véritable chronique de Buenos Aires. Musique, mais aussi danse et poésie des déracinés, de tous ces immigrants venus d'Espagne,d'Italie ou de France, le tango est né dans les quartiers pauvres de la ville, les bars louches et les lupanars crasseux. Nourri d'aventures cruelles et de souvenirs douloureux, il est parvenu à conquérir les salons chics et évolue aujourd'hui vers une musique aux multiples facettes.

Buenos Aires

Capitale de l'Argentine, Buenos Aires se caractérise par son gigantisme : l'agglomération compte quelques 8 millions d'habitants, soit le tiers de la population golbale du pays. Cette congestion urbaine s'est opérée de façon tellement rapide et désordonnée que la ville est aujourd'hui littéralement saturée. Il faut dire que Buenos Aires, située sur les rives du Rio de la Plata non loin de l'embouchure du Parana, est un port extrèmement important et concentre à l'échelle nationale l'essentiel des activités productives, commerciales et culturelles.

En se replongeant dans l'histoire de l'Argentine, on découvre que le peuplement du pays, effectué principalement à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle a mis en oeuvre la politique suivante : "Gouverner, c'est peupler". On fit appel à une immigration européenne massive composée essentiellement de Méditerranéens pour qui l'Argentine représentait l'Amérique. Le pays a ensuite connu un exode rural très important vers Buenos Aires qui s'industrialisait.

L'ambiance qui a longtemps régné dans la ville résultait de cette urbanisation : le resentiment, la tristesse et la solitude, conséquences du déracinement, sont apparus comme les principales caractéristiques de la psychologie portègne (des habitants de Buenos Aires).

Le Tango des origines

A la fin du XIXème siècle, les cafés, bars, tripots, cabarets et autres maison closes abondaient à Buenos Aires. Les nouveaux Argentins s'y retrouvaient dans une atmosphère chaleureuse pour jouer aux cartes, au billard, parler de football ou de leur vie de quartier et surtout pour oublier leurs amours malheureuses et leur pays lointain dans l'alcool et les bras des prostituées.

C'est dans ces établissements qu'est né le tango entre 1860 et 1880. Il s'agissait à l'origine d'un genre totalement instrumental ; des musiciens amateurs jouant d'oreille improvisaient sur une tonalité simple des mélodies éphémères. Les premières formations étaient des trios composés d'une flûte, d'un violon et d'une guitare. Peu à peu, le piano a remplacé la guitare et le bandonéon qui s'est imposé aux dépends de la flûte est devenu l'instrument du tango par excellence. L'arrivée dans l'orcherstre de cet instrument d'origine allemande est capitale car la musique au caractère vif et folâtre jusqu'alors a pris une modalité beaucoup plus grave, cadencée qui l'a rendue plaintive et sentimentale.

Le tango a toujours été une musique sur laquelle on a dansé. Il possède ume gamme impressionnante de figures que chaque couple développe indépendamment. Cette danse est très vite apparue comme l'expression d'une sensualité toute latine : on observe une parfaite fusion du couple dans un véritable coprs à corps lent et intime. Cependant, pour s'imposer à l'ensemble de la société argentine le tango dû se débarrasser de ses figures les plus lascives. Lorqu'en 1905, cette danse qui inspirait aux classes moyennes la déchéance et l'impudeur a gagné Paris, elle y fit fureur. Mais en entrant dans les salons le tango se transforma profondément et devint plus distingué. Alors seulement l'aristocratie argentine, très sensible à se qui se passait en Europe put accepter ce genre devenu convenable.

Très vite, le tango s'est associé la voie humaine pour exprimer les peines et les espoirs déçus du peuple portègne. D'un point de vue formel, le tango puise ses origines dans des poésies du XVIIème siècle appelées "payadas" dont il a conservé le caractère très libre du vers. La principale caractéristique du tango chanté est la langue qu'il utilise : il s'agit du lunfardo, l'argot créé par les malfaiteurs à la fin du siècle dernier pour ne pas être compris du reste de la population. Grâce au tango, le lunfardo a gagné toutes les couches de la société argentine au point de devenir un véritable signe de reconnaissance et d'identité. De part son origine populaire, le tango retrace dans ses textes une véritable chronique de la vie de Buenos Aires et contient de nombreuses protestations d'ordre moral et social. Les thèmes abordés s'inscrivent aussi dans une problématique universelle très fréquemment reprise par la littérature argentine. La solitude est omniprésente, souvent accompagnée de la nostalgie d'un passé révolu ; l'amour toujours malheureux et la mort sont des thèmes majeurs, de même que l'obsession du temps qui passe. Certains personnages occupent une place prépondérante dans ces textes. Celui du voyou ou compadre, respecté et envié est caractéristique tandis que les personnages féminins oscillent constamment entre la femme traîtresse et la mère aimante et protectrice.

Le Tango la musique

Si l’esprit du tango perdure, son expression musicale a suivi une constante évolution, dont on peut dégager quelques grandes époques :

La vieille garde (1900-1915)

Le tango fût d'abord une danse avant d'être une musique. Dansée par les hommes sur les trottoirs, elle fût interdite par un arrété du 02/03/1916 qui interdit aux hommes de danser sur les trottoirs pour entrave à la circulation. Cette danse fût également condamnée par Pie X avant sa mort en 1914. C'est Benoît XV qui la réhabilitera. Elle acquiert son droit de cité dans les salons parisiens et ensuite dans ceux de Buenos Aires. Le tango chanté n'apparaitra qu'une ou deux générations après le tango dansé. La chanson reste à l'arrière plan pour supporter et illustrer la mélodie. Plus tard dans les années 60, la découverte du tango comme forme musicale coincide avec une péroide où on ne le danse presque plus. Les tangos de la vieille garde doivent leur succès grâce à l'engouement qu'ils rencontrent sur les pistes de danse. C'est l'époque des premiers "orquestas criollas" composés de guitares, violons, flûtes, clarinettes et piano (rythmique). Il manque le bandonéon.

L'âge d'or (1920-1935)

C'est l'épôque de l'"orquesta typica" composé de deux violons, une contrebasse, un piano et deux bandonéons. C'est l'âge des orchestres de Firpo, De Caro, Canaro, Filiberto...C'est pendant les années 30 que cette musique s'établit définitivement, du point de vue esthétique et sociale. On asiste à des innovations très importante. La musique avec ses penchants un peu mélancoliques se montre très vivante et dynamique, ouverte aux changements. Elle va prendre des allures un peu guindées pour plaire à un nouveau public. Elle conserve néanmoins un certain goût pour la provocation. Dans l'éclat de cet âge d'or, s'annonce déjà l'éclatement du tango... Gardel en 1917 fait accepter le tango (mi noche triste) au public bourgeois.

De la dépression à la rénovation (1935-1955)

L'âge d'or du tango s'achève sur une fin tragique ! La mort de Carlos Gardel. Dépression économique. Le goût du jour est au rythme bien marcado = bien marqué, tellement appuyé que la mélodie semble devenir secondaire. Pugliese et Troilo. Rénovation économique et musicale. En parallèle avec la présidence de Péron, on assiste à une redécouverte de la musicalité du tango. En réaction au bien marcado, c'est le moment de la finesse et des nuances. Les tangos de Pugliese demeurent des musiques de danse, mais on pose déjà le pied du côté de ce que sera le tango de concert. Rechute. C'est le second âge d'or avec le péronisme jusque dans les années 55. Puis la fin tragique avec le renversement du gouvernement et une transformation radicale, c'est la révolution nuevotango.

Nuevo Tango (depuis 1960)

C'est le tango de concert. Au tournant des années 20 Gardel a fait passer le tango des pieds aux lèvres. Quarante ans plus tard, la nouvelle génération impose le tango à l'oreille. On s'engage dans la seule voie que le tango n'avait pas tout à fait exploré : la musique pure. Piazzola : celui par qui le scandale arrive. Il délaisse le rythme traditionnel et le remplace par une respiration plus nuancée, il rompt avec la continuité rythmique de chaque pièce - alternance de segments très contrastés. Les amateurs ne savent plus sur quel pied danser. L'écho international du nuevo tango réveille le tango portègne. Le spectacle "Tango argentino", créé à Paris en 1984 sur des chorégraphies de Claudia Segovia et Hector Orezzoli est un succès. Il sera joué en 1985 à Broadway et en 86 à Buenos Aires. Les spectacles et les écoles refleurissent à Buenos Aires ensuite.


Le Tango la danse

Au milieu du XIX ième siècle, le métissage de trois danses :
- le Candombé dansé par les esclaves noirs
- la Habanera d’origine cubaine
- la Milonga venue de la Pampa argentine a donné naissance au tango dans les bas quartiers de Buenos Aires. D’abord cantonnée à la rue et aux maisons closes, cette danse jugée trop inconvenante ne sera acceptée par la bonne société argentine qu’après qu’elle aura été adoptée par Paris en 1913. Cette "branche européenne" du tango aura sa propre évolution vers la danse de salon et de compétition, tandis qu’un tango laissant plus de place à l’improvisation et à la sensualité continuera à se développer à Buenos Aires en liaison avec l’évolution musicale du tango. Depuis quelques années cependant, le tango argentin revient en force en Europe, grâce à l’enseignement de professeurs venus de Buenos Aires. Les Pays Bas, l’Allemagne la Belgique, l’Italie, l’Espagne, la Suisse et la France regroupent des milliers de danseurs au sein d’associations. Pas de compétitions, mais une ambiance "familiale", des stages, des bals et une passion commune.